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La Maille

Le lieu du réel, sa vie et ses deux morts

Frédéric Denjoy · 16 min de lecture · Accès ouvert

« On meurt de pierre, ou l’on meurt d’eau. »

« Le devenir est une dimension de l’être. »
Gilbert Simondon, L’individuation à la lumière des notions de forme et d’information

Note de l’auteur

Cet essai nomme le lieu local où se joue la possibilité qu’un geste arrive, soit reçu et modifie la suite : la maille. Une maille vit de deux conditions, le franchissement et la trace. Elle peut donc mourir de deux manières : par fermeture, ou par dissolution. On reconnaît une maille comme on reconnaît qu’une pièce est habitable.

I. Les trois sols

Posez le pied sur trois sols.

Le roc : le pied frappe, rebondit et rien ne s’inscrit parce que rien n’entre. L’eau : le pied entre sans effort, la surface se referme aussitôt. Nagez des kilomètres, rien ne reste. Le béton mouillé, entre les deux. Là où le pied s’enfonce un peu, rencontre une prise, laisse une empreinte nette, ressort. Celui qui passera après pourra suivre la trace.

Une maille vivante ressemble au troisième sol. Une résistance juste, qui retient le geste assez pour qu’il s’inscrive, sans le retenir au point que plus rien ne vienne.

II. Définition

Une maille est un lieu local où se joue la possibilité qu’un geste entre, soit reçu, et modifie ce qui pourra arriver ensuite. Une conversation entre deux amis, un mariage, une salle de classe, votre entraînement à la salle de sport, une procédure, le travail d’un chercheur en sociologie, l’établi d’un menuisier, un débat entre deux hommes/femmes politiques. Locale, parce qu’elle n’est pas le monde mais un site déterminé en lui. On part de là pour échapper à deux facilités : le grand diagnostic (« la modernité est liquide », « la société est close »), trop vaste pour dire ce qui, ici, vit ou meurt ; et la pure structure (les rôles, les règles, les opérations), qui tourne longtemps après la mort de ce qu’elle portait.

Voici la maille et ses trois mousquetaires. La maille est le lieu. Le seuil est son régime de passage et lorsqu’elle remplit ses conditions, la maille fonctionne comme un seuil. Le dépôt est ce qui reste du passage ; la trace, pleinement, est un dépôt encore disponible. La reprise est l’acte par lequel cette trace infléchit un geste ultérieur. Une archive peut être déposée sans être reprise : elle existe, et ne vit pas encore dans la maille.

III. Entrer et tenir : les deux conditions

Une maille vit de deux choses, et il les lui faut toutes les deux.

Le franchissement : qu’un geste neuf puisse encore y être posé semblable à une phrase qui n’était pas écrite, une question qui décale la réunion, un refus qui défait une habitude. Attention à ne pas confondre le franchissement avec le mouvement ou la communication. Par exemple, un bureau se réorganise de fond en comble sans laisser entrer un seul geste qui pèse ; une famille parle tous les jours au repas du soir sans que rien d’inattendu n’altère plus rien. Ce qui le fait, c’est qu’une chose ait lieu sans avoir été d’avance désamorcée par la forme qui l’accueille.

La trace : que ce qui a passé se dépose et reste disponible pour la suite. Qu’un autre geste puisse le reprendre, le contester, le prolonger. L’archive n’y suffit pas. Un rapport se stocke, s’indexe, se cite sans rien faire tenir. Car la trace n’est pas seulement ce qui reste ; elle devient pleinement trace lorsqu’elle peut être reprise et infléchir la suite. Et pour tenir, elle doit trier. En effet, une maille qui retiendrait tout serait aussi morte que celle qui ne retient rien. Elle deviendrait ensevelie sous son propre passé. Toute trace suppose un oubli, et tout oubli un tri. Ce tri est logé dans la trace même. Tracer, c’est déjà choisir.

Ces deux conditions ne sont pas les deux faces d’une seule. Ainsi, une institution peut être fermée à l’entrée et ne plus rien retenir de vivant. Perdues, les deux à la fois. Une personne peut être grande ouverte au passage et accumuler des leçons qu’aucune reprise ne touche (sur lesquelles elle ne s’appuiera jamais pour changer son comportement). Ça c’est typiquement la première sans la seconde.

IV. La résistance juste

Bien réglées, les deux conditions se vivent au corps comme une seule chose : une résistance juste. On pense deux conditions. On sent une résistance, comme on sent au tennis la bonne frappe avant de voir où la balle part.. Dans la pratique, c’est un réglage. Il semble que beaucoup de mailles se dérèglent le long d’un axe simple. Serrer, l’entrée souffre ; desserrer, la prise lâche. Mais ce compromis n’épuise pas les configurations. Une maille peut perdre simultanément l’entrée et la capacité de retenir. On garde donc les deux conditions ensemble, et l’axe comme leur cas le plus fréquent.

Chez l’humain, un seuil vivant se signale souvent par une peur précise. Circonscrite, elle a une adresse. L’appel ou la parole qu’on ne rend pas. Elle est à différencier clairement de l’angoisse diffuse, de la peur physique (du berger allemand qui vous aboie dessus) ou de l’hypervigilance (un autre sujet). Ces peurs-là ne désignent rien de ce qui nous intéresse ici. La résistance dit qu’il y a un seuil ; la peur dit où il est. Elle est le signe du seuil chez les vivants qui la sentent ; ailleurs, le seuil se reconnaît à la résistance même, à ce qu’un passage y coûte et y laisse trace.

V. Les deux morts

Partout où quelque chose vit de passages et de traces, on trouve une structure de seuil ; et un seuil n’a que deux bords. L’entrée, la prise. D’où le compte, et son statut : le nombre des morts est clos dans le cadre de cette définition. Si une maille vit de l’entrée et de la prise, elle meurt comme maille lorsque l’une ou l’autre disparaît. Cette clôture ne prétend pas épuiser les formes de souffrance, de panne ou de destruction. Il n’existe ainsi que deux défaillances terminales de la traversabilité. Ne plus laisser entrer, ou ne plus retenir.

Par fermeture : le franchissement cesse. Plus rien de neuf n’entre, la forme tient et ne reçoit plus. C’est le roc ; et la tradition l’a beaucoup pensée — la névrose, la cage d’acier, la société de contrôle. Tous les jours un livre ou un article nous met en garde (et c’est sans doute utile).

Par dissolution : la trace ne tient plus. Tout entre, rien ne se dépose, le passage devient perpétuel et ne laisse plus de marque. C’est l’eau ; je la nomme l’antiforme. On l’a pensée aussi (l’anomie, la liquidité), mais rarement comme la jumelle de la première, descendant du même réglage.

On meurt de pierre, ou l’on meurt d’eau.

Ces morts sont-elles sans retour ? La fermeture ou la dissolution peuvent cesser ; mais ce qui a été détruit pendant leur durée ne se reconstitue pas à l’identique. Une maille peut repartir. Le fait que l’on la qualifie de « même-pareille » ou « neuve » est une question de mots ; en tout cas elle ne récupère pas les traces qu’elle a perdues. L’irréversibilité porte sur la trace défaite. La trace inerte dort, et une maille d’ailleurs peut encore la ranimer ; le sol qui a cessé de tenir, les marques délitées ne se recomposent pas.

VI. Ce qui n’est pas une troisième mort

Le moment, d’abord. Un geste juste peut échouer pour être venu trop tôt ou trop tard ; le kairos n’est pas une troisième condition. « Trop tôt » veut dire que le seuil n’est pas encore ouvert, « trop tard » qu’il s’est déjà refermé. Le moment ne fait que dater les conditions.

Les dérèglements, ensuite. Entre les deux bouts du réglage, dans la bande où l’on vit encore, une maille peut vivre (les deux conditions tenues) et pourtant mal fonctionner. C’est la conversation où le neuf passe, mais à grand-peine, l’institution où les gestes se déposent avec un retard et un bruit qui usent sans tuer. Je ne prétends pas que toute défaillance se range dans la fermeture ou la dissolution (ce serait forcer le réel pour le mettre dans une case). Je dis juste qu’il n’y a que deux façons de mourir, parce qu’il n’y a que deux conditions à perdre. Cependant, j’admets qu’il y a d’innombrables façons de vivre mal, parce que le milieu d’un cadran n’a pas de bord. Le diagnostic des morts est fini ; la clinique des dérèglements est ouverte.

Le trauma, enfin. Il arrive que le lieu lui-même disparaisse. Il n’y a plus de maille du tout. Le trauma est la disparition de la maille elle-même. Les deux morts sont des morts du passage, elles supposent qu’un lieu existe dont la traversée défaille. J’emploie ici « trauma » au sens structurel d’un lieu de passage devenu indisponible, sans prétendre remplacer les définitions cliniques.

Reste un cas. Et celui-là a tous les dehors de la santé. La maille qui retient avec vigueur ce qu’il ne fallait pas garder comme le champ qui retient ce qui maximise les citations, l’école qui retient ce que l’examen sait lire (problème gigantesque source inépuisable de gâchis et de souffrance). Ce n’est pas un troisième état d’une maille : c’est une relation entre deux mailles d’échelles différentes, une maille supérieure qui trie ce qui compte pour celle du dessous. Je la nomme la capture, et La Jauge lui est consacrée.

VII. Quand la forme survit

Trois grandeurs décrivent l’état d’une maille. La forme : ce qui demeure visible (structure, volume, patrimoine, conformité). Le flux : ce qui passe, le débit de gestes. La reprise : la part de ce qui passe qui est ensuite reprise, bâtie dessus, au point de réorienter ce qui vient. La forme ne dit pas, à elle seule, si la maille vit. Elle peut porter une transmission vivante, ou survivre après sa disparition. Elle devient la grandeur du macchabée lorsqu’elle survit seule. Des organisations parfaitement instrumentées s’effondrent avec tableaux de bord intacts, tous les voyants au vert, le pouce en l’air. Elles comptaient peut-être bien tout ce qui reste et tout ce qui bouge. Qui comptait ce qui tient ?

On voit ici émerger le signe trompeur de la mort, celui-là même qui nous induit si souvent en erreur. La forme peut survivre à la transmission. Une chose est morte quand un geste qui la traverse ne laisse plus aucune trace neuve, alors que sa forme reste intacte. Ce diagnostic est une seule loi, lisible dans plusieurs matières. Le vrai mort : l’énoncé exact qui n’inscrit plus rien. Le lien mort : la relation maintenue sans plus aucune traversée (le couple qui fonctionne sur le papier, mort entre ses pôles). La même structure se lit dans un droit que personne ne peut plus exercer, ou dans une règle dont l’obéissance ne transmet plus rien. Toutes ces figures sont des déclinaisons matérielles de la même loi et on pourrait décliner bien davantage.

Exactitude et inscription

Le langage courant confond ces deux axes. Le premier est celui de l’exactitude. Un énoncé est exact ou inexact, et rien dans cette grammaire ne modifie cette distinction. Le second est celui de l’inscription : une fois reçu dans une maille, cet énoncé y modifie la suite, y demeure inerte, ou y défait quelque chose. Une vérité ne devient donc pas fausse lorsqu’elle cesse d’agir. Elle reste exacte ; c’est sa capacité d’inscription qui meurt.

J’appelle vrai mort l’énoncé exact, connu et disponible, dont aucune reprise ne modifie plus la maille où il tombe. Un rapport peut être méthodologiquement irréprochable, publié, cité, archivé, et ne plus ouvrir aucune décision. Tous les jours on en lit au moins un. C’est brillant, logique, souvent visionnaire mais, on le sent tous, ça ne changera rigoureusement rien (pensez aux éditoriaux de votre journal préféré). Le vrai propositionnel subsiste bel et bien mais la transmission est morte. Le même énoncé peut néanmoins rester vivant ailleurs, ou être repris plus tard. Gardons en tête que le vrai mort n’est jamais une propriété absolue de l’énoncé, mais une relation locale entre une parole, une maille et sa capacité de reprise.

Le vrai mort est différent du vrai sans adresse. Une vérité peut n’avoir pas encore trouvé le lieu capable de la recevoir. Celle-là serait seulement non inscrite. La mort, elle commence lorsque l’énoncé est déjà connu, répété et durablement sans conséquence, parce que la maille où il devrait peser ne sait plus rien reprendre.

VIII. Débit et reprise

Le flux et la reprise sont les deux faces du seuil. Le flux mesure le franchissement, à l’entrée. Par excès, il compte tout ce qui passe, le neuf comme le répété, et mille mots par jour peuvent ne porter aucun geste neuf. La reprise mesure la trace, à la prise. (Le flux mesuré, je le nomme le débit.) La forme ne touche ni l’une ni l’autre face, ce qui explique pourquoi elle peut rester parfaite sur du mort.

Le dîner du dimanche chez les Langlois dure au minimum trois heures. On parle. Très fort, on se coupe, les plats tournent, la chaleur grimpe aux visages ; les mêmes histoires qui reviennent avec les mêmes indignations, et chacun repart content, la voix usée. Mille mots ont passé. Demandez lundi ce qui a changé une seule suite : rien n’a été risqué, rien repris. Le débit était plein ; la reprise, nulle. La forme, elle, était parfaite.

Le débit et la reprise mesurent l’exercice du seuil. Sa vie est autre chose. Une maille vivante peut être au repos. On a alors un débit nul, une reprise au même niveau (nulle), et rien de mort. Le diagnostic devient un test de charge. Pour savoir si un sol tient, il faut y poser le pied.

Ce test n’est pas innocent, et je ne sais pas le rendre neutre. Poser le pied modifie le sol. Un geste d’essai peut rouvrir une maille endormie, ou achever une maille épuisée. Le diagnostic est ici une intervention, et l’observateur fait partie de ce qu’il observe. Entre une maille au repos et une maille morte, il n’existe donc pas de constat à distance. Chaque essai engage celui qui essaie.

Dans de nombreux domaines, on peut s’attendre à une relation en cloche entre débit et reprise (trop peu de gestes neufs, rien à reprendre) ; trop, et rien ne se dépose assez pour l’être. Les deux morts sont opposées en débit, identiques en reprise.

Lors de la fermeture, le débit tombe, la reprise avec. Avec l’antiforme, le débit monte, la reprise diminue. La reprise dit si une maille est morte ou vivante ; le débit indique de quelle mort. Aucun cadre à axe unique. On abandonne l’axe habituel et confortable de la rigidité contre souplesse, de l’ordre contre désordre. Ils ne voient qu’une mort, et prédisent que plus de souplesse fait plus de vie, tout du long. Manque de chance, c’est manifestement faux.

Puisque la forme survit à la mort de la transmission, un suivi qui ne regarde que la forme (par un prisme de volume, conformité, cohésion) est aveugle aux deux morts, et les constate en dernier. Ce qui s’effondre d’abord, c’est la condition qui meurt : en antiforme, la reprise, pendant que débit et forme tiennent ; en fermeture, le débit. La forme est l’indicateur retardé ; le couple débit-reprise, l’indicateur avancé. Et les remèdes s’en déduisent en négatif : agir seulement sur le volume ou sur la structure ne garantit jamais le retour de la reprise. Une réforme peut déplacer la maille d’une mort à l’autre sans lui rendre sa capacité d’inscription. Son échec se reconnaît à ceci : le symptôme de débit bascule tandis que la reprise reste désespérément à zéro.

IX. Ce que le modèle permet de mesurer

Une grammaire analytique qui vit de l’entrée et de la prise. Une phénoménologie (le réglage juste senti), des opérationnalisations locales dans certains domaines où débit et reprise peuvent être approximés. Enfin des hypothèses empiriques comme la cloche ou l’effet des réformes. Et tout ça va, j’en suis sûr, se tromper, se corriger, et, j’espère, souvent rendre visible et permettre de trouver des solutions nouvelles à des problèmes anciens.

Regardons par exemple les publications scientifiques. On peut considérer que leur volume mesure grossièrement le débit ; la capacité d’un travail à réorienter un champ approche imparfaitement la reprise. Les résultats existants montrent au moins que les deux grandeurs peuvent diverger : la masse publiée s’est multipliée quand le compte des ruptures ne bougeait presque pas. La grammaire gagne ici un terrain où ses attentes sont vérifiables. Une en particulier : un sous-champ verrouillé doit montrer la même chute de reprise, mais par fermeture, distinguable au signe du débit.

X. Filiations

Bateson définit l’information par la différence qui produit une différence ; la maille distingue deux lieux où cette transmission peut échouer (l’entrée et la rétention). L’affordance de Gibson, ce que l’environnement offre, « pour le meilleur ou pour le pire », ni objectif ni subjectif : c’est la pensée la plus proche de la traversabilité, et le même refus du clivage sujet-objet ; la maille y ajoute la gradation, et la mort. La métastabilité de Simondon (l’individuation par tensions, le réel qui ne se donne pas mais se résout) est l’héritage le plus profond ; ce qui s’y ajoute est l’extinction. Simondon pense la genèse, son milieu se transforme plus qu’il ne meurt ; la maille admet une mort qui ne laisse qu’une cicatrice. Luhmann, enfin. Les systèmes sociaux vivent du raccordement des communications, et nul n’a porté plus loin l’idée qu’une forme sociale vit de son opération ; mais chez lui, un couple où mille mots s’enchaînent chaque jour serait pleinement vivant. La maille pose la question d’après : ce qui s’enchaîne passe-t-il encore, et se dépose-t-il ? Lewin, avec ses régions et ses barrières, et Maldiney, avec la systole et la diastole de l’ouverture, ont approché la même structure chacun par son bord. Le couple des deux conditions, lui, est ancien. Campbell, March, Grossberg le portent comme la loi d’un procès d’adaptation ; la maille le déplace vers l’habitabilité d’un lieu, et en tire la seconde mort, l’extinction locale.

XI. L’objection de la clôture analytique

Vous obtenez deux morts parce que vous avez défini la vie par deux conditions. Oui. La proposition est analytique. C’est la forme de toute analyse qui vise une nécessité, non une régularité. Sa valeur ne vient pas d’une découverte numérique dans le monde mais de sa capacité à distinguer des phénomènes que les axes usuels confondent. Une institution peut mourir parce qu’elle ne laisse rien entrer, ou parce qu’elle ne retient rien de ce qui entre et les deux appellent des gestes opposés. L’analyse se lit sur la structure minimale d’un passage, l’entrée et la rétention, et se révise si l’on exhibe un troisième mode de défaillance irréductible à ces deux-là. Et la clôture porte sur les bouts du cadran, jamais sur son milieu. Aucune panne quelconque ne sera redécrite en mort secrète pour la sauver.

La conclusion

Une maille est un lieu local où se joue la possibilité qu’un geste entre, soit reçu et modifie la suite. Elle vit de deux conditions : le franchissement, qui laisse entrer le neuf, et la trace, qui le garde disponible et reprenable. Quand l’entrée se ferme, elle meurt de pierre ; quand la prise disparaît, elle meurt d’eau. Entre les deux, le vivant se reconnaît à une résistance juste. Celle-là même qui est assez forte pour qu’un geste compte, assez souple pour qu’il puisse entrer. Le reste s’en déduit. Le trauma qui détruit le lieu, les dérèglements qui peuplent le milieu, la forme qui peut survivre à la transmission, et le couple débit-reprise qui rend le diagnostic possible.

La question d’une maille tient en deux gestes, que, j’espère, le lecteur ne pourra plus déposer : quelque chose peut-il encore entrer ici ? Et ce qui entre peut-il encore changer la suite ?

Serre trop : tout tient, rien ne passe. Desserre trop : tout passe, rien ne tient.
Tête gravée coiffée d’une lampe frontale

On peut marcher sur l’eau
toute sa vie sans jamais
être allé nulle part.