Le Juste
Le mal légitime reste mal
« Il allait tuer ma fille, je l’ai tué avant. C’était la chose à faire, non ? Oui, mais ça reste mal. »
Je ne fonde pas le bien. Je refuse l’euphémisme. Le juste est le geste vivant : celui qui ouvre un passage, le maintient ou le rend à nouveau possible. Un tel geste peut aussi, paradoxalement, fermer du vivant. Sa légitimité ne change pas la nature de ce qu’il détruit.
I. Couper un lien vivant
Le père de Léa n’a jamais levé la main. À chaque visite, il compare sa petite-fille de huit ans à sa cousine, qui lit mieux, qui mange mieux à table, qui dit bonjour et remercie. Des images, toujours des images. Il ne perd pas une occasion de diminuer son père. Pas frontalement bien sûr, il est trop intelligent pour cela, mais par suggestion, par comparaison. L’enfant est intelligente, il le sait, elle comprendra tôt ou tard que son père est un minable. En tout cas il lui plante l’idée, tout en finesse, tout en contraste. C’est pas tant pour nuire, mais pour s’assurer qu’elle l’admirera plus, lui. Le grand-père exceptionnel qui dépasse en tout point son père. Puis il ouvre le tiroir du buffet où il range leur jeu de cartes. Des humiliations déguisées en tendresse, et de la tendresse quand même, pour rendre le tout plus crédible et aussi, peut-être, parce qu’il l’aime un peu. Le mal est souvent anodin.
Léa lui parle. Elle pose des limites, deux fois, la seconde par écrit. Il recommence. Elle suspend les visites.
Dans la voiture du retour, l’enfant pleure. Elle aime son grand-père. Des dimanches heureux ont existé, le jeu de cartes, l’histoire du chien qui prenait le tramway et que le contrôleur laissait monter. Ils ne sont pas devenus faux. Quelque chose vit encore dans ce lien, et c’est aussi ce que la coupure emporte.
Déclarer ce lien mort arrangerait la décision. On ferait comme si la coupure ne retirait plus rien. Ce serait effacer d’avance ce qu’elle oblige à perdre.
Pourtant, la protection de l’enfant ne dépend pas de la disparition préalable de tout ce qui les relie. Les humiliations continuent malgré les limites posées. Léa ne dispose, pour l’instant, d’aucun autre moyen de les empêcher. Elle suspend les visites sans attendre d’avoir épuisé toutes les médiations imaginables. La coupure peut être légitime alors que le lien contient encore du vivant.
Ce geste est vivant pour l’enfant : il lui rend de quoi parler et grandir sans avoir à prévenir la prochaine humiliation. Il lui retire aussi les moments où elle pouvait trouver auprès de son grand-père une manière de jouer et de raconter qui n’appartenait qu’à eux. C’est la même enfant qui est protégée et qui perd.
Léa peut avoir entièrement raison de suspendre les visites. Elle ne peut pas faire que sa fille n’ait perdu que des humiliations.
II. La direction du geste
J’appelle maille un lieu où un geste peut être reçu, laisser une trace et modifier la suite : une relation, une équipe, une institution. Ce lieu reste vivant lorsque du neuf peut y entrer et que ce qui entre laisse de quoi être repris. Il est habitable lorsqu’on peut y prendre part et que ce qu’on apporte peut encore changer quelque chose.
Le juste désigne le geste dans ce qu’il ouvre, maintient ou rend à nouveau possible. Une parole difficile peut ouvrir un passage ; un silence, un refus ou un départ aussi. La forme du geste ne décide pas de sa justesse. Un franchissement peut être courageux et fermer du vivant. La justesse se situe dans ce qu’il fait à la maille.
Obtenir une réponse ne suffit pas. Une humiliation peut tirer de l’enfant exactement les mots attendus tout en fermant l’endroit où sa parole pourrait compter. Retirer au grand-père ce moyen de la faire taire arrête une fermeture. La perte de son emprise n’est pas ce que la suspension détruit de vivant. Ce qu’elle emporte aussi, ce sont les rencontres qui restaient possibles entre eux.
Un geste peut agir sur plusieurs mailles, en rouvrir une et en fermer une autre, parfois dans la vie de la même personne. Sa justesse est réelle là où il rend le passage possible. Elle ne se transmet pas à tous ses effets. Le geste de Léa ouvre un passage pour sa fille et ferme un lien encore vivant. Ces effets coexistent sans se soustraire l’un à l’autre. Un geste qui ferme du vivant peut faire réussir une forme. Sa vitalité ne dit pas ce qui demeure possible pour ceux qui la portent.
La légitimité concerne les raisons de poser le geste dans une situation. Ces raisons peuvent être suffisantes, même lorsque la perte est considérable. Elles permettent de comprendre pourquoi l’acte est retenu. Elles ne changent pas ce qu’il retire. Elles ne constituent pas un solde dans lequel le vivant préservé ferait disparaître le vivant perdu. La destruction, de son côté, ne prouve pas qu’une autre décision aurait laissé davantage de vie possible.
L’ouverture elle-même reste à établir. La nommer ne la prouve pas. Une mère peut appeler protection ce qui resserre son contrôle ; une institution peut appeler amélioration ce qui rend les objections impraticables. Le passage ouvert se reconnaît à ce que quelqu’un peut désormais faire ou dire, et à la place que cela prend dans la suite. Le nom donné par celui qui décide ne suffit pas. La question se précise dans les effets : quel passage devient possible, pour qui, et qu’est-ce qui peut encore modifier la suite ?
III. Le mal et la faute
J’appelle mal ce qui ferme ou dissout du vivant et rend un monde moins habitable. Le mot a ici un sens structural. Il décrit ce qui arrive à une vie, à une relation, à des possibilités effectives d’y prendre part. Il ne désigne pas une faute de celui qui agit. Il ne prononce pas un jugement sur la vie entière de celui qui agit. Il permet de suivre son geste jusque dans ce qu’il détruit.
Toute option abandonnée ne constitue pas un mal. Choisir un métier plutôt qu’un autre ne suffit pas à l’établir. Toute peine ne le constitue pas non plus. Un effort peut coûter et ouvrir ; une fermeture peut se faire sans bruit. Le mal apparaît lorsque des possibilités de vivre, de parler ou de reprendre deviennent impraticables dans une vie ou une relation qui pouvait encore se poursuivre et se transformer. Chez Léa, des rencontres avaient lieu. Elles pouvaient encore avoir une suite. La suspension rend cette suite impraticable.
La peine de l’enfant rend cette perte sensible. Elle ne la constitue pas. L’enfant peut ne pas savoir nommer ce qui lui manque ; elle peut aussi, plus tard, cesser de le regretter. La fermeture a eu lieu, indépendamment de la durée de son chagrin. À l’inverse, une douleur peut accompagner la fin d’une emprise sans que cette emprise ait été un passage vivant. Nous n’avons ni à lui imposer l’oubli pour justifier notre décision, ni à lui imposer une peine durable pour attester qu’elle a perdu.
Le mal ne se mesure ni aux larmes de celui qui perd ni aux remords de celui qui décide. La douleur de Léa pourrait occuper toute la conversation sans que rien ait encore été dit de ce qui manque à sa fille. Léa peut ne pas regretter son geste et le poser de nouveau dans les mêmes circonstances. La perte demeure descriptible sans qu’un regret vienne l’attester.
Un bourreau peut décrire fidèlement ce qu’il détruit ; cette description ne rend pas sa destruction vivante. Dire le mal ne rend pas le geste vivant. La description seule ne modifie pas ce qui a eu lieu. Elle peut cependant entrer dans une relation et y changer ce qui devient possible.
IV. Harol
Dans Le Courage du Réel , Harol est un chirurgien pédiatre au Sud-Soudan. Il arrange les enfants esquintés qui sortent du conflit, à la cadence des tablettes de chocolat à l’usine. Il vend leurs organes. La construction de sa villa philippine prend du retard, le jacuzzi a dû être renvoyé pour cause de fissure. Il va falloir plus de cash et charcuter davantage. Avant, il se limitait aux organes doubles — trop de morts fait mauvais genre. Maintenant, on passera la seconde. Hop, on y va pour le cœur, le pancréas, le foie. Il se félicite de son choix des enfants : ça prend moins de place pour le stockage au frais et la valeur est bien plus élevée.
J’écrivais : « tuer Harol peut être légitime, mais restera toujours mal. »
Supposons qu’aucun autre moyen ne permette d’arrêter à temps la mort des enfants. Tuer Harol peut être légitime. Sa mort empêche les meurtres qu’il allait commettre. Elle emporte aussi toute possibilité pour lui de vivre, y compris autrement. Ce qui est détruit ne se limite pas à ce qui est empêché. La raison de le tuer ne change pas ce que tuer fait à une vie.
Le mal n’est pas ici l’impossibilité, pour Harol, de continuer ses crimes. C’est la destruction de sa vie. Ce qu’un être fait au vivant n’épuise pas ce qui vit en lui. La légitimité de le tuer ne fait pas de lui une chose déjà morte.
Une guerre peut être légitime pour ceux qui se défendent. Cela ne justifie pas chacun de leurs actes. Mais même lorsqu’un acte de guerre est justifié, les morts qu’il provoque restent des vies détruites. Je peux avoir raison de combattre. Si je tue, je détruis une vie. Cette destruction reste réelle lorsqu’elle est le seul moyen d’en sauver d’autres. La différence entre agresser et se défendre demeure entière ; elle ne transforme pas ce que tuer fait à celui qui meurt.
Le mal légitime reste mal parce que sa légitimité n’annule pas son effet sur le vivant. La phrase n’ajoute aucune obligation de remords à l’action. Elle décrit une destruction que la justification laisse entière. Ce qui a disparu ne dépend pas du sentiment de celui qui a décidé.
V. Ce que la justification laisse
« Il le fallait. » La phrase peut être vraie. Elle devient un problème lorsqu’elle dispense d’entendre ce qui vient après.
J’appelle reste ce qu’une décision justifiée a retiré et que sa justification ne restitue pas. Ce reste peut concerner une relation interrompue, des forces épuisées, une vie détruite. Il ne constitue pas une dette attachée à celui qui a décidé. Il désigne ce qui manque encore après l’explication de la décision ; il ne dit pas à lui seul qui peut y répondre, ni ce qui peut encore être repris. Pour l’enfant, ce sont les visites qui ne peuvent plus avoir lieu, les histoires qu’elle n’entend plus de cette voix, une manière d’être avec son grand-père qui lui est retirée en même temps que le danger.
Un soir, au moment de se coucher, l’enfant demande quand elle reverra son grand-père. Son dessin pour lui est encore sur le réfrigérateur. Léa entend dans la question une contestation de tout ce qu’elle a fait pour la protéger.
« Tu sais pourtant pourquoi. »
L’enfant le sait peut-être. Elle voudrait quand même le voir.
Si Léa exige qu’elle ne regrette plus rien, elle impose une seconde fermeture. Il ne suffit plus que sa fille soit protégée ; il faut qu’elle ne vive la coupure que comme une protection. Son chagrin devient une objection à faire disparaître. Après avoir fermé l’accès au grand-père, Léa ferme la possibilité de lui parler de ce qui manque.
Le manque est à voir, à habiter, ou à quitter proprement. Il ne demande pas à être comblé, mais à être reconnu comme geste suspendu dans un tissu refermé.
La première protection demeure réelle. Ce qu’elle a ouvert ne disparaît pas parce que Léa s’en sert ensuite pour ne plus entendre. Mais un autre geste est en train d’avoir lieu : la protection passée devient une raison de rendre la parole présente irrecevable. La nécessité de suspendre les visites ne rendait pas cette seconde fermeture nécessaire.
Le reste est ce que cette réponse efface. Il porte sur la vie de celui qui a perdu. La douleur du décideur n’est ni nécessaire ni suffisante pour répondre au reste. Léa peut se sentir coupable et ne rien vouloir entendre. Elle peut être certaine de sa décision et laisser sa fille parler.
Se plier à une décision ne signifie pas tenir pour bon tout ce qu’elle retire. L’enfant peut comprendre la suspension des visites et regretter les dimanches heureux. L’assentiment à ce qui protège ne contient pas l’assentiment à tout ce qui se perd. Aucune raison, si bonne soit-elle, n’achète cet assentiment.
VI. Répondre sans tout rendre
La perte peut être nommée sans que rien ne change. Léa peut dire qu’elle sait sa fille malheureuse et ne rien laisser passer de ce qu’elle essaie de lui adresser. La reconnaissance devient vivante lorsque cette parole peut modifier la manière d’accompagner l’absence, même si les visites restent suspendues.
Léa peut laisser sa fille évoquer les dimanches heureux. Elle connaît aussi l’histoire du chien, Mastardette, et peut la raconter si sa fille le lui demande ; elle n’aura pas la voix du grand-père pour faire le contrôleur. Le souvenir peut pourtant trouver une suite, au lieu de devenir ce dont il est interdit de parler.
Reconnaître la perte n’oblige pas à rouvrir les visites. Il reste à accompagner une absence, à chercher ce qui peut encore se transmettre sans remettre l’enfant en danger. Certaines pertes sont irréversibles. D’autres s’atténuent ou trouvent une compensation. Une autre relation peut naître sans rendre la précédente intacte. Ce qui reprend ne produit pas un passé dans lequel rien n’a été perdu. Cela modifie les possibilités présentes. La reprise peut aussi rester impossible : la persistance du mal ne crée pas, à elle seule, un moyen d’y répondre.
La situation peut aussi changer. Si les gestes du grand-père changent, les raisons de maintenir la coupure peuvent changer avec eux. Ce changement peut être examiné par d’autres adultes sans que l’enfant soit remise à sa portée pour le vérifier. La légitimité de la décision initiale ne décrit pas d’avance toutes les situations à venir. Une décision défendable au départ peut cesser de l’être si nous persistons malgré ce qu’elle nous apprend.
Reconnaître un reste ne signifie donc ni maintenir une dette infinie ni garder la décision éternellement ouverte. Une décision juste n’oblige personne à n’avoir rien perdu.
VII. Le prix de la réparation
Une salariée obtient la correction d’un planning après avoir repris les dossiers le soir à la table de la cuisine et recueilli les difficultés de ses collègues. À la première réunion, on lui demande de tout mettre par écrit ; à la deuxième, le chef est absent. Le planning est corrigé à la troisième. L’organisation la remercie dans la lettre interne, deux lignes. L’institution a appris. La salariée est épuisée.
Son geste a été reçu et a modifié la règle. Il a ouvert un passage réel. Mais au prochain problème, elle se taira peut-être. L’organisation pourra y voir un accord. Une institution peut s’améliorer en épuisant ceux qui l’améliorent. Elle garde la correction obtenue et risque de perdre la suivante, faute de quelqu’un qui puisse encore la lui apporter. Ce qui reste vivant pour elle a été pris sur la vie d’une autre.
La fermeture ne se limite pas à ce risque pour l’institution. Cette femme a cessé de voir deux amies, laissé un projet sans suite, passé ses soirées à préparer une parole qui puisse enfin être reçue. Sa vie déborde le service qu’elle vient de rendre. Son épuisement compterait même si l’organisation pouvait trouver demain quelqu’un d’autre pour la corriger.
Il se peut qu’aucun moyen moins coûteux n’ait permis d’obtenir la correction. Le geste demeure vivant dans ce qu’il a rouvert. L’ouverture de l’institution ne tient pas lieu de réponse à ce qui s’est fermé dans sa vie. Un effort ponctuel peut être repris dans une vie qui continue. Si cette charge se prolonge jusqu’à lui retirer durablement une vie propre, le maintien de l’institution se paie de sa dissolution à elle.
« Elle a accepté » peut servir, comme « il le fallait », à arrêter l’examen. Le consentement ne rend pas les soirées ; le remerciement ne lui laisse pas davantage de temps la prochaine fois.
Du temps accordé pour préparer les objections, des informations accessibles ou une aide qui ne dépende pas du responsable mis en cause peuvent changer les conditions de la prochaine correction. Ces moyens ne restituent pas tout ce qui a été perdu. Ils modifient ce qui l’a produit. Si l’organisation conserve le résultat mais écarte toute parole sur son coût, une partie de ce qui lui a été adressé reste sans effet sur elle. L’ouverture obtenue coexiste alors avec le maintien de ce qui épuise ceux qui la rendent possible. Remercier cette femme en lui laissant pour la prochaine fois exactement la même charge serait recevoir la correction sans recevoir ce qu’elle révèle.
VIII. Nommer le mal
Le grand-père aussi a perdu. Les parties de cartes et les histoires comptaient dans sa vie. En l’empêchant de continuer à humilier sa petite-fille, la suspension lui retire aussi cette relation encore vivante. C’est un mal pour lui aussi, même lorsque la coupure est légitime. Dire qu’il n’a eu que ce qu’il méritait permettrait de ne plus regarder ce qui s’est fermé pour lui. Sa responsabilité ne rend pas sa perte inexistante.
Cette perte ne lui donne pas un droit aux visites. La constater ne désigne pas davantage l’enfant comme moyen de la réparer. D’autres adultes peuvent entendre ce qu’il a perdu, lui rappeler les gestes qui ont conduit à la coupure et examiner ce qui reste possible sans exposer sa petite-fille.
La protection n’a pas besoin de devenir un récit où tout ce qu’elle fait est bon pour celui qu’elle protège. Le juste ne demande pas à celui qu’il protège de lui donner raison sur tout.
Ce qui s’est fermé pour le grand-père peut donc être décrit sans rouvrir l’accès à l’enfant. Ce qui manque à l’enfant peut entrer dans sa relation avec Léa sans annuler la protection. La suspension des visites et le silence sur leur perte sont deux choses distinctes.
Léa peut maintenir ce qu’elle a protégé sans fermer la parole sur ce que sa protection a détruit. Les visites restent suspendues.
Sa fille peut rester à l’abri et dire ce qui lui manque.
Repères
Trois mots, tenus séparés : la perte, une possibilité réellement supprimée ; le mal, ce qui ferme ou dissout du vivant, justifié ou non ; le reste, la perte que la justification ne convertit pas en inexistence. Un acte entièrement justifié peut produire un reste réel : c’est ce que dit le titre.
Filiations
Bernard Williams examine ce qui demeure d’un conflit éthique lorsqu’on a agi pour de bonnes raisons. Le reste se tient dans ce voisinage, avec un déplacement : il désigne ici une perte effective dans le vivant, indépendamment du regret éprouvé ou d’un jugement moral sur l’acte. L’attention porte sur ce qui a été rendu impraticable et sur ce qui peut encore trouver une suite.
Joan Tronto interroge la répartition des responsabilités du soin. Le coût de la reprise rencontre cette question : une correction peut profiter à l’institution en épuisant la personne qui l’a rendue possible.